LES PEINTRES VOYAGEURS ET COLONIAUX

André Gide Alain Nadaud

 

LES  PEINTRES VOYAGEURS ET COLONIAUX  

 

Une mer bleue-vert , un ciel rose , un soleil rouge sang . Ce pourrait être un des tableaux de Paul Klee célébrant la Tunisie du tout début du siècle . c’ est Carthage qui s’éveille . Du haut des collines de Byrsa , Elyssa la reine  Didon , veille jalousement sur les statues qui ornent l’ un des plus prestigieux théâtres romains de Tunisie . Elle est là , présente , mille fois ressuscitée dans l’histoire , et dans les romans . « Elissa , la reine vagabonde » de Fawzi MELLAH  et  « Auguste  Fulminant » d’ Alain Nadaud  entre autres .

Pour le monde entier , Carthage est un nom qui symbolise une civilisation prestigieuse que le génie visionnaire de Flaubert  a fait revivre dans « Salammô » . Pour la Tunisie , Carthage , c’est le départ de toute une odyssée qui n’a peut être pas encore trouvé son Homère . Virgile , toutefois nous en console avec son ‘ Eneïde ’ . Après les guerres puniques , la Tunisie s’ouvre bon gré malgré aux riches expériences de la romanité .                                                    

Des écrivains Tunisiens , avant la lettre , tels que Tertullien et autres Apulée , firent de la cité d’ Hannibal un brillant foyer culturel de la latinité . Avec Carthage , la méditerranée occidentale et la Terre de Tunisie inaugurent une ère prodigieuse de civilisation : ouverture sur le monde , contacts entre les peuples voisins , épanouissement de l’homme qui se trouve en état de se réaliser et de devenir lui-même . Carthage marque ainsi d’une empreinte indélébile la Tunisie d’ aujourd’hui . Terre d’accueil  où se mesurèrent l’Orient et l’ Occident , léguant à la postérité le meilleur  d’eux-mêmes . Tunis a toujours été le lieu des rencontres des amis et  des  amours . « Tunis . Lumière plus abondante que forte .  L’ ombre en est encore  remplie . L’ air lui-même semble un fluide lumière où tout baigne , où l’ on plonge , où l’on nage . Cette terre de volupté satisfait mais n’apaise pas le désir ; et toute satisfaction  l’exalte » écrivait  André Gide dans  « L’immoraliste ». Nostalgie du temps qui passe , brise des soirées d’ été , douceur  de vivre … Ces propos devaient être rapportés parce qu ‘ils amorcent  peut être une manière nouvelle de vivre l’interculturalité qui consiste plus à faire dialoguer les cultures qu’à les faire coéxister .                                  

Ainsi , la Tunisie fidèle à sa vocation , à la carthage phénicienne et romaine , poursuit  son œuvre deux fois millénaire , de confrontation et d’ échanges culturels pour que la méditerranée demeure ce creuset de civilisation universelle .                                                                        

En art , toute école  nouvelle  affecte généralement  le  sens  critique , comme une maladie grave . Il y a un moment où le mal en sa période de plus grande intensité ne nous laisse pas deviner ses véritables conséquences , et le caractère exact de son offensive nous échappe .  Nous ne sommes , alors que les alpinistes sur les diagrammes accidentés tracés chaque jour sur nos feuilles de température … La convalescence seule nous permet de reconstruire , l’ histoire de nos souffrances et de déterminer avec précision leurs suites .                  

C’ est ce qui arriva avec  LES PEINTRES  PIONNIERS  TUNISIENS VOYAGEURS ET COLONIAUX .  Bien que ces derniers ne s’étaient jamais prétendus  école nouvelle , ni  nouvelle  tendance dans l’art  , au sens théorique  et  didactique  du therme , mais  s’étaient  toujours annoncés plutôt  comme  groupes d’affinités et de  sensibilités .

L’ avènement  des  pionniers aux années trente  avait  fortement  lézardé les murs  des  confréries  picturales .  La structure  des PIONNIERS a , il est vrai , tissé un nouveau  paysage picturale  capable de s’ imposer sur la scène plastique  à Tunis  , de secouer les tendances des uns et de  déranger le regroupement des autres  . La grande aventure des PIONNIERS est  désormais  née  à  l’instar   des  aventures  d’ INDIANA  JONES . N’ allez pas croire que  je suis particulièrement passéiste . Rien n’est plus satisfaisant pour l’œil  comme pour l’esprit  que ces peintures modernes qui , pour un peu , vous feraient croire que vous êtes  confortablement  calé dans un fauteuil de la galerie Yahia  des années quarante . Voire  mieux ,  puisque grâce aux manipulations techniques de tous ordres , vous en venez  à  voir , comme  si  c’était dans votre main  , la moindre intervention du coûteau  ou du pinceau que seule une lecture plus que minutieuse de la toile vous aurait donné à  découvrir l’existence .  Toutefois , ce plaisir presque absolu , presque « épuisé » , finit parfois par lasser . Il  faut , à mon sens , que la peinture ,  les peintures  , gardent toujours un peu de leur mystère , leur  cuisine . Ces petites choses cachées sont pour beaucoup dans  le style d’une écriture  plastique ou un mouvement  picturale .  A l’évidence , je ne suis point totalement  isolé  dans cette croyance puisque le marché de l’ art  s’enrichit  chaque jour un peu  plus de ces patrimoines , comme on les appelle , qui auraient fait hurler , il n’y a  guère , tous les fanas de la peinture  coloniale .                                                                            

Voici  que l’on regarde  avec recul , aujourd’hui , après  plus de  soixante-dix ans de peinture ces trésors qui  continuent  de faire le bonheur des collectionneurs d’œuvres  d’art  . C’est  remarquable . On aurait tout dit  sur  les styles des peintres  . Et  c’est pourtant quelque chose  comme le plus particulier des écritures plastiques . Chez  LES  PIONNIERS , chaque artiste-peintre se distingue de l’autre , possède un signe distinctif , une griffe qui le démarque des palettes imprécises .     

Se réclamant peintres de chez nous ,  sortis  des Ecoles des Beaux Arts de Tunis et d’ ailleurs ,  ces artistes-peintres aux mille talents , céramistes , graveurs ,sculpteurs ont plus d’un tour dans leur sac . Avec crayon ,  stylo , pinceau et  paire de ciseau , le tour est joué .  On  rend ici hommage  à tous ceux que  la  peinture a hissé au rang d’ immortel pour la postérité .   A SUIVRE …                                                                                                  

 

CHARGUI    FATHI

 

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